Denis Levaillant
Sept prières pour un canard sauvage

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Quintette à vents n°1, 11'30" (1998)

Quintette Nielsen

Flûtes alto et basse: Pierre Roullier

Hautbois, hautbois d'amour et cor anglais: Lazlo Hadady

Clarinette et clarinette basse: Claude Faucomprez

Cor: Jens MacNamana

Basson: Marc Vallon

Extrait 1 - Extrait 2 - Extrait 3 - Extrait 4 - Extrait 5 - Extrait 6 - Extrait 7

Partition

Gravure: J.C.Lupato

La première version de cette oeuvre m'a été commandée par la Comédie Française lors de la mise en scène du Canard sauvage d'Ibsen par Alain Françon en décembre 1993. Comme je le fais habituellement au théâtre et au cinéma, j'ai cherché la métaphore musicale la plus juste du texte d'Ibsen, de ce qui en constitue le drame profond: j'ai capté cet appel du "fond des mers", là où les canards sauvages blessés "plongent et s'agrippent avec le bec dans les algues", qui devient insidieusement dans la pièce l'inconscient attaché au personnage de la petite Edvig, le grenier où vit le canard sauvage, et la vengeance de la forêt. Avec le recul j'ai eu envie de faire jouer cette musique en concert, dans une nouvelle forme, car j'aime le son que j'ai révélé ici du quintette à vents, en dehors de toute référence stylistique: j'ai essentiellement cherché la fusion la plus grande des timbres, des couleurs harmoniques presque précieuses, et une grande fluidité des lignes.

D.L.2003



Analyse de Pierre Michel (musicologue)

Les sept Prières successives reposent presque toutes sur un matériau motivique de quatre notes énoncé dès le début : si (longuement tenu), , sib, sol, comme une allusion à une tonalité de sol majeur/mineur. L'auditeur retrouvera cette cellule de façon très nette aux débuts de la deuxième prière (où elle apparaît même en canon entre la flûte en sol et le hautbois), de la quatrième, de la cinquième et, d'une façon plus lointaine dans la septième (dernière phrase du cor anglais). Le début de la sixième prière, sans faire réapparaître la cellule, commence sur la seule note si (flûte basse et clarinette basse à l'unisson), réminiscence du début de l'oeuvre. Ces rappels ou signaux confirment ainsi l'impression auditive d'un cycle.

Denis Levaillant attribue au quintette à vent une véritable palette de sonorités en employant parfois plusieurs instruments de la même famille (flûtes en sol et basse, clarinette et clarinette basse, hautbois, hautbois d'amour et cor anglais) et en diversifiant les situations musicales. « Dans un temps étiré » (première prière), « comme un orgue » (troisième prière) sont quelques-unes des notions exprimées dans la partition, mais l'oeuvre entière révèle des modifications significatives dans le traitement expressif du matériau musical. Cette musique plutôt sereine frappe aussi l'auditeur par la richesse et le « dosage » des moyens employés, y-compris les micro-intervalles qui peuvent faire penser aux musiques spectrales dans la troisième prière. Symbole d'une volonté de ne pas couper complètement les liens avec le passé, la septième prière (intitulée La Forêt se venge dans le spectacle) évoque une fin consonante en la bémol majeur, dont la tierce de l'accord est fournie par les sons éoliens de la flûte... L'oeuvre fut créée par le Quintette Nielsen en mars 1995. dans sa première version.