| Un petit-rien-du-tout |

© Julie Levaillant
Un Petit Rien-du-tout
Mélodrame pour piano et voix d’après le livre de Maurice Roche, Un petit rien-du-tout tout neuf plié dans une feuille de persil (Editions Gallimard)
Créé au Théâtre du Rond-Point à Paris du 14 mars au 1er avril 2006 par le compositeur et Irina Dalle dans une mise en scène de Caterina Gozzi et des lumières de Dominique Mabileau.
« Maurice Roche, disparu en 1997, était un ami très cher, depuis 1972 (l’année de mes vingt ans
et de mes premiers concerts publics). J’ai mis en musique ses textes (mon premier opéra de
chambre, Le Baigneur, que j’ai créé en 1982 avec Michel Hermon, est adapté d’un de ses
livres, Opéra Bouffe), échangé avec lui beaucoup d’émotions, de pensées, de musiques. Il
aimait mon piano, s’intéressait de très près à toute la nouvelle musique : il avait lui-même en
effet suivi des études de composition au Conservatoire de Paris et commencé une carrière
musicale (il a ainsi composé la musique de la création des Epiphanies de Pichette avec Gérard Philipe et Maria Casarès). La musique restera tout au long de sa vie une part essentielle de
ses préoccupations, au point qu’elle est je crois constitutive de sa création littéraire. Il était
également passionné de Monteverdi et de tous les prébaroques, ce qui a contribué également à
nous rapprocher.
J’ai été très touché par son livre ultime, Un petit rien-du-tout tout neuf plié dans une feuille de
persil publié chez Gallimard. Ce monologue de l’écrivain en fin de vie se remémorant
l’enfant qu’il fut est sans doute son texte le plus accessible, le plus émotionnel. Il est à la fois
drôle et touchant, profond et diabolique, comme l’était Maurice.

Je l’ai adapté pour la scène, sous forme d’un monologue accompagné en musique, comme un
mélodrame moderne, un petit « opéra » récité accompagné par un piano : cette forme
piano/voix, que j’ai déjà expérimentée avec un autre de ses textes (Portrait de l’Artiste, avec
Caroline Gautier, donné à Genève et à Paris) est je crois bien adaptée à son univers. Il me
semble en effet que le piano est inscrit perpétuellement en filigrane dans ses livres, et que le
mélodrame, où la voix est constamment guidée par la musique, permet au spectateur de
plonger dans l’intimité de son écriture.
L’enfance pour Roche est un lieu de vérité absolue : on a l’impression à l’entendre qu’il n’a
jamais été aussi intelligent, perspicace, lucide sur la condition humaine, que quand il était
enfant. Et cela est écrit avec une telle élégance que tout le monde peut se sentir touché par ce
témoignage et se reconnaître dans cette vision caustique de notre destinée.
Nous avons souvent eu le désir de porter ses textes en scène, lui disant, moi jouant le piano.
Ayant eu la fâcheuse idée de trépasser, il ne m’en voudra pas de prolonger sa voix par celle de
la belle actrice Irina Dalle et de dédier cette performance à notre longue amitié. »
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Quelques réactions de la presse :
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Denis Levaillant qui a toujours été le compagnon d’aventures théâtrales ou chorégraphiques était un ami de Maurice Roche et il y a dans ce spectacle bref, délicat, tout le pouvoir de l’affection, de l’admiration.
La belle et mobile Irina Dalle a la malice qui convient à Maurice Roche, cette sentimentalité moqueuse, cette gravité masquée sous les blagues.
Il est très beau, très touchant, très drôle, le texte de Roche. C’est un joli moment, élégant et fin, qui nous est offert, et ne le boudons pas.
Armelle Hélio
Denis Levaillant a écrit une joyeuse marche macabre. Accompagné de la comédienne Irina Dalle, Levaillant scande, récite et chante ce « Poil de carotte » tendre et trash. Le duo pianiste-actrice est aussi poétique et violent que le dialogue du récitant et de l’orchestre dans l’Histoire du soldat de Stravinsky. Une belle façon de redonner vie au gamin souffreteux, musicien et écrivain, né le jour des Morts en 1924. Une belle façon aussi d’interroger la mécanique du souvenir et de se replonger dans l’enfance, la vraie, celle des angoisses et des émerveillements, de la honte et des désirs.
Sandra Bash
Ce spectacle est d’une fraîcheur, d’une tendresse, et d’une fantaisie moulées sur Irina Dalle. Cette comédienne, chanteuse, mime, danseuse, est la grâce en personne. En duo avec le compositeur et pianiste Denis Levaillant, elle incarne la précarité de l’enfance de l’écrivain Maurice Roche, sa candeur, son insolence, sa fantaisie. Au piano, Denis Levaillant lui donne une réplique piquante et grave. Tous les trois nous emmènent dans les sortilègesde l’enfance. Cela dure une heure et l’on voudrait que cela ne se termine jamais.
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Témoignage de l’écrivain Salim Jay, écrivain, ami de Maurice Roche
J’ai quelque chose à dire au sujet de cette oeuvre qui est un peu difficile à avouer : par mes goûts de spectateur aussi bien que de lecteur, c’est le plus heureux spectacle que j’aie vu de ma vie !
La pesanteur subit une défaite et la grâce craint de prendre des gifles; mais non ! Le rire n’est pas sournois. Toute perfidie soudain déprogrammée, voici la musique d’être au monde jouée selon la fantaisie d’un mioche, et ses stupeurs récitées comme se déplie un tapis d’oxymores. Entre le vieil homme putatif et l’enfant devenu chimérique, sur la toile où règne Maurice Roche, le spectacle sonore composé et joué par Denis Levaillant accueille une danseuse aux mouvements de calligraphe : Irina Dalle.
Comme le sens est plusieurs, comme la mémoire est une façon d’oublier un pan ou l’autre, le spectacle fait fuser du souvenir et du disparaître, du visible et de l’insu, d’anciens dégoûts et de nouvelles menaces, immémoriales, à vous rendre mariole.
Et pourtant ça musique, de facétie qui sifflote en silence qui submerge. Toute la joie de vivre dans un brin de persil ? Mâcher, est-ce bien la solution ? Une chimie d’affects et d’événements réinvente le passage sur la terre comme condensé dansable, indansable. La personnalité de Maurice Roche a trouvé en Denis Levaillant un interprète qui y met du sien avec la loyauté d’un complice aux mains expertes. En quoi ? C’est bien la question.
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