Denis Levaillant
Next 1993


CAMERA-VIDEO - mai 1993

Extraordinaire. L'approche de Denis Levaillant sort de l'ordinaire, tapissé de musiques au mètre sans inspiration.

Textures sonores

Allez directement à la plage 12 intitulée Fuzz Buzz et, dès les premières secondes, vous entendrez un bourdonnement métallique et râpeux dont on ne peut rendre compte qu'avec les mots "Fuzz" et "Buzz" accolés. Réussir à traduire sa musique par une onomatopée, c'est plus qu'un "gimmick" (truc pour faire parler les gens), ça veut dire que le manipulateur de sons les entend dans sa tête avant de les créer. Une sorte d'écoute mentale qui l'amène à fuir les produits synthétiques usés jusqu'à la corde pour aller chercher des choses, pas forcément inouïes, mais relativement inédites.

C'est ce qu'a fait Denis Levaillant, pianiste et théoricien de l'improvisation, dans un disque qu'on ne peut pas qualifier de génial parce qu'on devine que son auteur a en tête des musiques bien plus étonnantes, mais un disque qui tranche, qui sort du lot.

Une nomenclature de matières sonores

Car il fonctionne sur le concept de matières, de textures. L'idée de musicaliser des échantillons numériques de bruits n'est certes pas nouvelle.

Ce qui est nouveau et intéressant, c'est de magnifier ces prélèvements par des traitements rythmiques et harmoniques appropriés à chaque matière. Exemples : pulsations sourdes pour Power Plant, concassage rythmique et brassage de timbres pour Turbulence, chuchotis filtrés pour Wind Voice, chuintements métalliques avec résonances distordues et scansions de boogies sur les rails pour Night Train, crissements d'insectes minéralisés heurtant des stalactites pour Speleo Song, confiture de crachotements hertziens pour Radio Beam, cristallisations mélodiques pour Quark. Une véritable nomenclature de matières sonores. Au-delà de sa dévotion à vos images, qui en seront comme éclairées de l'intérieur, ce disque se laisse fort bien écouter dans une pièce sombre.

Alain Joannès