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Denis Levaillant
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En musique on dit encore "avant-garde". Etes-vous d'avant-garde ? Je suis auteur. Ce n'est pas une réponse ! Si, pour moi créer c'est à la fois briser une tradition et la continuer, surtout en musique. Vous dites "auteur", pas "compositeur" ? "Composer" semble un peu restrictif, la musique n'est pas que chimie. Préférez-vous l'alchimie ? Pour sa quête, oui, sa poésie. La musique n'est pas seulement une architecture des sons, c'est surtout une langue. LA langue? Vous croyez au "néo" ? Certainement pas ! Mais ce mouvement traduit une tendance profonde de notre époque qui appelle la réunion plus que la rupture. La musique doit retrouver l'expression, et avec elle un public plus large. Le passé vous pèse ? Il me nourrit et m'encombre. La musique est sans doute l'art où les modernes sont le plus écrasés par les anciens. Dans une société vivante, ce serait aux modernes de choisir les anciens, de les faire entendre. Comme pianiste, vous n'avez pourtant pas suivi un itinéraire classique. Quand j'interprète, je choisis, je m'identifie, je me conduis donc encore en auteur, de programmes, de spectacles. C'est la seule manière pour moi de rester vivant, je place les oeuvres que je joue en résonance avec ma propre musique. Etes vous le même dans l'improvisation ? Tout à fait. Plus j'avance, plus j'entrevois des correspondances. Le piano appelle cette ouverture. Une grande partie de mon énergie vient de cette source, de ces libertés quotidiennes. Liberté, énergie, on pense au jazz. Oui, et on peut ajouter rythme. Je joue en public depuis 1969 et j'ai trouvé beaucoup de vraie musique dans le jazz, bien des leçons. Vous refusez la spécialisation ? Le marché nous y contraint tous, mais je résiste comme un beau diable. Je me considère plutôt comme un musicien "généraliste", pour qui jouer et écrire sont des activités complémentaires, vitales. Vous aimez la technologie ? Elle a envahi la cité, aucun musicien aujourd'hui n'y échappe. Mais il y a souvent mystification : un nouveau son ne fait pas une nouvelle musique. L'informatique ne saurait remplacer le geste. Mais le son a une place de plus en plus importante dans la musique. Bien sûr. Je pense même que le son, de l'enregistrement à la diffusion, en passant par le traitement, fait partie intégrante de l'écriture et que la révolution de l'enregistrement a été aussi radicale pour la musique que les recherches formelles. Donc la radio intéresse le musicien. J'irais jusqu'à dire que la radio devrait être faite par des musiciens, même la radio de paroles. Berceau à ses débuts de toutes les recherches sonores, elle demeure par sa variété, son caractère hétérogène et théâtral, un domaine très riche encore de découvertes. Et l'image ? C'est un support d'avenir pour la musique. Pour sa diffusion, bien sûr, mais aussi pour sa création : voilà un territoire largement inexploré. Le concert serait donc aujourd'hui une forme désuète ? Je pense que tout événement musical en public rend nécessaire un travail de représentation. Mon premier concert a été un spectacle. Depuis, j'ai participé à une bonne quarantaine de ces aventures, comme collaborateur (théâtre, danse) ou auteur à part entière. On est loin de la musique pure. Le rêve de la pureté absolue, c'est une musique qu'on lit pour soi. Cette pratique se perd, inexorablement. Quelle est la forme d'expression qui vous intéresse le plus ? Aujourd'hui, certainement l'opéra. Je peux y appliquer tous mes savoirs : l'écriture vocale, la polyphonie, la dramaturgie de l'instrumentation, la technique électroacoustique, la diffusion sonore. J'ai un très grand désir de renouvellement dans ce domaine. (entretien réalisé en 1990 et toujours d'actualité!) |
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